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  • Christian Jacot-Descombes

Le bouchon moutonnier ou comment profiter de la coronanxiété




« …un véhicule en panne à l’intérieur du tunnel provoque un ralentissement du trafic sur plusieurs kilomètres. Soyez prudents ! » nous annonce la radio d’Etat. Plus précis, Google nous montre l’étendue des dégâts : 25 à 30 minutes perdues par rapport à un trafic normal. Le temps de faire quelque pari sur la marque et l’origine de la voiture en panne – il faut bien s’occuper – on arrive enfin en vue du fameux tunnel. Aucun policier, aucune signalisation mais en vertu de l’autodiscipline propre à notre pays la file de droite se rabat spontanément sur la voie de gauche selon le bon vieux principe, lent en dépit de son nom, de la fermeture éclair. Nous voici donc tous sur la voie de gauche, prêts à éviter le véhicule en panne annoncé. Il y a bien quelques insoumis qui tentent de remonter par la droite la voie laissée libre mais ils ne vont pas loin car des conducteurs – sans doute un brin flics dans l’âme – se déportent au lieu de la chaussée pour les empêcher de passer. Nous traversons donc le tunnel et, ô surprise, pas de véhicule en panne. La voie est libre. A-t-il été dépanné ou est-il reparti tout seul ? Toujours est-il qu’il a disparu. Ce tunnel, c’est le désert des Tartares !


Et du coup, nous avons inventé un nouveau comportement collectif : le bouchon moutonnier, né d’un subtil mélange d’autodiscipline atavique et de soumission à l’autorité. Autorité en l’occurrence mal informée. Longtemps après que nous avons passé le fameux tunnel, la radio d’Etat n’a toujours pas rectifié : le ralentissement est encore là, même si sa cause a disparu.


Cette petite anecdote ne serait qu’amusante si elle ne rappelait pas la situation que nous connaissons aujourd’hui. Même s’il n’est évidemment pas question de prétendre que le virus de Wuhan s’est évaporé comme le véhicule en panne, on sait néanmoins mieux qu’au début de l’épidémie quelle est sa réelle dangerosité et surtout on connaît beaucoup mieux ses cibles. Or, plutôt que de se concentrer sur la meilleure manière de protéger les plus vulnérables (groupes à risques identifiés), on continue de détruire des pans entiers de l’économie au nom de la « santé avant tout » comme si les suicides, l’angoisse de perdre son job, de faire faillite, de ne pas pouvoir nourrir sa famille ou tout simplement l’impossibilité de faire des projets ne sachant pas à quelle décision farfelue il faut s’attendre, ne faisaient pas partie de la « santé ». La pandémie ne tue presque plus en Europe mais l’hystérie continue comme le bouchon sur l’autoroute, produit d’une soumission plus ou moins aveugle à l’autorité des politiques, des experts et des médias.



Pour autant que les chiffres officiels soient corrects, le virus a fait, en huit mois, près de 800'000 victimes à ce jour dans le monde. Il faut savoir que près de 160'000 humains meurent chaque jour de causes diverses. Ce qui correspond à environ 57 millions chaque année



Pouvoir retrouvé


Or, on sait que ces groupes de pouvoir connaissent tous des problèmes fondamentaux de crédibilité depuis la révolution digitale. La crise sanitaire fournirait-elle l'occasion de récupérer un peu de pouvoir perdu, quitte à en abuser ? On peut se poser la question.

Les décisions des politiques sont, comme toujours, à la merci des critiques ou des louanges des médias et des lobbys qu’ils représentent. Toutefois le plus important pour eux, en cette époque de judiciarisation de la société, réside dans leur crainte de poursuites liées à une mauvaise décision. Du coup, le principe de précaution est appliqué systématiquement et annule le risque individuel. A l’opposé, les conséquences économiques d’une décision désastreuse seront largement socialisées puisqu’in fine, ce sont les contribuables qui paieront l’addition sous forme d’impôts, de taxes ou de cotisations. Au nom de la précaution et du risque zéro, voici donc nos amis les édiles en stabulation libre : mettre à genoux de grandes entreprises ? Juguler d’arrogantes fédérations sportives ? Clouer les avions au sol ? Prohiber les voyages ? Interdire ? Autoriser ce qui n’est pas interdit ? Le rêve ! Le rêve du pouvoir absolu retrouvé. Sans compte à rendre à personne ni à la raison la plus élémentaire : les masques ? Inutiles quand il n’y en pas, obligatoires quand il y en a. La diplomatie n’est pas en reste : la Grande-Bretagne impose la quarantaine au retour de France ? La France se « tient prête à la réciprocité ». On se pince.


Les docteurs requinqués


Du côté des experts, la situation n’est guère plus reluisante. Chez eux, on dirait que chaque détenteur d’une spécialité en a une seconde : la querelle. Les querelles sont aux experts ce que les combats sont aux reines : une affaire de pouvoir. Le virus a créé une arène mondiale pour les experts en quête de joutes et de l'éphémère gloire médiatique qui va avec.

Il y a encore trente ans, on mettait ses habits du dimanche pour aller chez le médecin. Aujourd’hui, on va souvent le voir pour lui demander un second avis, après celui d’internet, et obtenir une ordonnance. Devenu héros du jour, le corps médical reprend du poil de la bête. L’époque est rêvée pour retrouver une sorte de prestige perdu dans l’univers des « docteurs » où les informaticiens, les généticiens, les ingénieurs et les physiciens ont pris le dessus sur les propriétaires historiques de la Santé.


Prétendre à l’utilité publique


Et pour jeter un peu d’huile sur ce feu de saison, les médias traditionnels maintiennent la pression en renonçant à leur rôle critique et de mise en perspective. Ils adoptent sans sourciller des absurdités lexicales telles que « distanciation sociale » (plutôt que «physique ») et relaient avec complaisance les décisions et les avis des politiques et des experts tout en y ajoutant leur couche anxiogène de proximité. Leur inclination naturelle les amène au choix sans surprise de la « santé avant l’économie » selon le clivage qui s’est assez clairement établi dans le champ politique entre gauche et droite. Il y a une part d’opportunisme dans ce renoncement. D’abord, l’été est une saison creuse en matière d’actualité. Relayer chaque soubresaut de la pandémie permet de remplir colonnes et minutes désertées par les sujets habituels. Ensuite il y a sans doute aussi un agenda plus ou moins caché. Se faire le porte-parole de l'Autorité permet de se réclamer d’un rôle d’utilité publique. C’est une manière de préparer le terrain pour une prochaine revendication de la presse en grosse difficulté économique : se faire subventionner par l’impôt de la même manière que le service public. Des voix se font déjà entendre dans ce sens.

On comprend donc que ces acteurs n’aient pas très envie de calmer l’hystérie ambiante. L’angoisse et l’anxiété sont devenues un très bon fonds de commerce pour leurs intérêts. On sait que le feuilleton ne s’arrête pas là. On peut se parier sur les prochains épisodes : l’automne venu, faut-il parler de deuxième ou troisième vague ? Le vaccin : faut-il lui faire confiance ? A qui faut-il le réserver en priorité ? D’où viendra le covid 22 ou 23 ? etc. Tout cela, avant de retrouver Greta et le réchauffement, bien sûr.

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Travelmuch - Christian Jacot-Descombes - Voyages et opinions, 2020
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