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  • Christian Jacot-Descombes

Christian Simm, notre homme aux Etats-Unis




Palo Alto (Californie), mars 2004 :

- Google. C’est à deux pas de ton motel. Ça t’intéresserait ?

- Le moteur de recherche ? Oui, pourquoi pas. Mon prochain rendez-vous n’est qu’en fin d’après-midi. J’ai un peu de temps

- Je te rappelle dans un quart d’heure.

C’est ainsi qu’une heure plus tard, je me retrouvais dans le bureau de deux jeunes ingénieurs nommés Sergey Brin et Larry Page à Mountain View au cœur de la Silicon Valley.


A l’origine de cette rencontre, aujourd’hui totalement hors de portée d’un journaliste suisse travaillant pour un petit hebdomadaire régional, un homme visionnaire : Christian Simm, investi par son pays d’une mission « magnifiquement vague », selon ses propres termes, qui consiste à relier ce que la Californie et la Suisse ont de mieux à offrir en matière de recherche, d’éducation et d’innovation.


Cet ingénieur lausannois, issu de l’EPFL, s’installe donc au cœur de la palpitante Bay Area en 1997, (l’année où Page et Brin déposent leur marque). L’Europe et la Suisse, à quelques brillantes exceptions près comme Patrick Aebischer, n’ont alors pas encore vraiment réalisé l’importance de la formidable vague d’innovation qui prend sa source outre-Atlantique. Christian Simm est celui qui va ouvrir la voie. L’aventure a un nom : swissnex. Son motto est « connecting the dots » (relier les points).

S’approcher du soleil

Pendant vingt ans, Christian Simm sera notre homme à San Francisco. Son regard clair, sa généreuse intelligence, son sourire chaleureux et sa parfaite connaissance de l’écosystème deviennent la marque de fabrique du 730 Montgomery Street, un immeuble construit en 1900, typique des débuts du quartier d’affaire, humide et fleurant bon le basement californien. C’est là, au pied de la Transamerica Tower, que défileront ceux qui en Suisse voient un intérêt à s’approcher du soleil ou plutôt de l’éclipse solaire que représente la révolution digitale en marche.


Un provocateur de sérendipité


Entreprises, universités, institutions suisses bénéficient dès lors du réseau, des connaissances, de la bienveillance de ce provocateur de sérendipité qu’est Christian Simm. Il révolutionne ainsi l’univers de la diplomatie scientifique. Aux petits fours, il préfère les workshops et les brainstormings et se fait un devoir d’expliquer aux visiteurs que dans cette partie de l’Amérique, il est de bon ton de poser des questions quand on vous explique quelque chose. Avec le sourire, il précise même, à l’adresse des délégations (politiques notamment) fatiguées par le décalage horaire qu’il est préférable d’éviter de… s’endormir pendant les rencontres.  Inlassablement au fil des ans, il développe des rencontres interdisciplinaires, des programmes d’immersion et d’apprentissage, des soirées de pitch où les startupers suisses viennent se colleter aux investisseurs américains. Bref, de multiples expériences transformatrices et marquantes.


Grâce à swissnex San Francisco, de nombreuses startups suisses ont pris leur envol sur le plan international, de brillantes idées sont nées de la mise en relation de la technologie, de la science et de l’art, des entreprises helvétiques ont trouvé le moyen de rester dans la compétition tout comme beaucoup de jeunes Suisses ont vu leur vocation d’entrepreneur se révéler. Une culture de l’échange qui se traduit par des résultats tangibles en Suisse mais aussi en Californie : c’est à cette époque qu'Yves Behar, écalien lausannois, s’y installe pour devenir la star mondiale du design qu’il est aujourd’hui.

Un nouveau modèle de diplomatie scientifique

Est-ce l’effet de la chance d’être situé, avec neuf heures de décalage, à 9385 km de l’administration fédérale à Berne? Peut-être. Toujours est-il que Christian Simm a pu inventer un modèle unique de diplomatie scientifique. Une initiative fructueuse qui aboutit, vingt ans plus tard, à un réseau de cinq swissnex à travers le monde et qui sert de modèle à d’autres nations, moins discrètes et plus puissantes que la Suisse.


Après vingt-trois ans passés à San Francisco, puis à Boston, Christian Simm a décidé de franchir une nouvelle étape. Il est de retour en Suisse depuis le 1er août et s’apprête à mettre ses talents de diplomate scientifique au service de l’Université de Zurich.


La science a besoin de cerveaux qui la font avancer. Elle a besoin aussi de passionnés qui la chérissent et se font les ambassadeurs de son universalité. Christian Simm en est un des plus remarquables. Il est temps de lui dire un très patriotique et sincère merci.

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Travelmuch - Christian Jacot-Descombes - Voyages et opinions, 2020
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