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  • Christian Jacot-Descombes

Vaccins : un peu de gratitude (et d'humilité), s’il vous plaît !

Updated: Mar 6



« Quand les événements nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs », ce précepte de Georges Clémenceau continue d’inspirer bien des politiciens. On se souvient de ces auditions par les sénateurs américains, frisant souvent le ridicule du fait de l’inadéquation des questions, de Tim Cook d’Apple ou de Marc Zuckerberg de Facebook, convoqués pour répondre de la conduite de leurs affaires. Décoiffés par le succès d’entreprises dont ils n’auraient jamais été capables d’imaginer le modèle et effrayés par leur développement, les politiciens feignent de les avoir à l’œil alors qu’ils ne font que sauver les apparences d’un pouvoir dépassé.


Nombre de doses administrées pour 100 habitants

Les Européens ont fait la même brillante démonstration la semaine dernière. Le Président de la commission Environnement du Parlement européen (à qui l’on a également confié les questions de santé publique et de sécurité alimentaire) se vantait dans les médias d’avoir convoqué et auditionné les PDG des laboratoires pharmaceutiques qui produisent les vaccins contre le Covid-19. Le but de l’opération ? Créer une « transparence » sur les difficultés que rencontre l’Union européenne à obtenir suffisamment de doses pour vacciner de manière décente sa population. Il est vrai que la situation de l’UE est loin d’être reluisante. Les chiffres illustrent même l’ampleur d’un désastre certain : là où Israël affiche 92 doses administrées pour 100 habitants, les Emirats 60, les Etats-Unis 22, sans parler du Royaume-Uni (pourtant promis à la faillite après le Brexit) 30, nos voisins n’atteignent pas 8 ! La Suisse ne faisant guère mieux (1).


Pascal Canfin, le Président de ladite commission, affichait pourtant une pleine satisfaction. Il se dit fier d’être le premier Parlement à réaliser une telle audition. Puis d’ajouter, sans rire, « on (2) a gagné la bataille de la recherche, il faut maintenant produire, produire, produire » avant de s’en prendre, sur le ton de la réprimande, aux retards de livraison d’AstraZeneca, cette firme suédo-britannique qui a eu le culot de livrer le Royaume-Uni avant l’Europe malgré un contrat dont on ne connaît pas le détail. Tout sourire quand même, notre édile termine en saluant « un exercice démocratique de redevabilité »


« Redevabilité » ?

Mais de quelle dette parle-t-on ? Qui doit quoi à qui ? Pour Pascal Canfin, transfuge écologiste français rallié à Renaissance Europe et aux Macronistes, il ne fait guère de doute que la dette est celle des patrons des groupes pharmaceutiques, sommés de se présenter devant le Parlement, à l’égard des Etats. Comme si les entreprises, en particulier dans le cas de figure de la mise au point miraculeusement rapide des vaccins, avaient à s’expliquer face à des Etats, notamment ceux qui se sont décidés tardivement à passer commande (3) !


Ne serait-il pas plus judicieux de s’interroger sur les raisons de la lenteur de l’UE dans la mise en œuvre de la campagne de vaccination qui n’a débuté que le 27 décembre, soit 19 jours après le Royaume-Uni ? De se demander si des prix négociés à la baisse et l’ajout de conditions contraignantes quant à la responsabilité des effets secondaires (4) n’étaient pas de nature à faire passer le client pénible au bas de la pile des livraisons ? Plus fondamentalement, ne serait-il pas légitime de s’interroger sur l’importance accordée à la recherche et à ses applications ? Selon les classements les plus courants, le top 10 des Universités européennes est trusté par 8 universités britanniques et … les deux écoles polytechniques suisses (5). Au niveau mondial, 5 dont les trois premières sont américaines, 4 britanniques et 1 suisse (EPFZ) (6). Il est vrai, comme le relevait à juste titre, un commentateur sur le blog du Temps, que l'impulsion novatrice concernant le vaccin ARN est venue d'Allemagne (grâce notamment à deux chercheurs turcs) mais est-il vraiment très surprenant que les vaccins aient été développés avec le succès qu’on sait aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne plutôt qu’en Europe où comme à la Sorbonne, on se consacre plus volontiers aux recherches islamo-gauchistes ?


De même, peut-on imaginer comment survivre aux graves conséquences économiques et psychologiques de la pandémie sans les fabricants d’informatique, sans Google pour avoir accès la connaissance, sans Facebook ou Twitter pour communiquer et s’informer, sans Zoom pour se réunir, sans Amazon pour s’approvisionner, sans opérateurs pour faire fonctionner internet, sans smartphone pour maintenir la génération Z en vie ? Aucune de ces ressources essentielles n’est l’œuvre d’un Etat ou d’une administration. Ce sont des entreprises nées d’une initiative souvent individuelle, d’une vision, d’une part de génie, de la volonté de créer de la valeur et de pas mal de travail. Si l’on veut parler de dettes, c’est bien envers elles qu’il faut en honorer(7). Un peu de gratitude (et d’humilité) serait bienvenues, mesdames et messieurs les députés.

(1) Our World in Data, 26 février 2021

(2) Qui est « on » pour l’eurodéputé ? Sa commission ? La recherche européenne ? L’Union européenne ?

(3) Les USA (administration Trump) ont passé la première commande à Pfizer le 22 juillet 2020, soit deux jours après la Grande-Bretagne. La Commission européenne n’a passé sa première commande que le 27 août à AstraZeneca. (Touteleurope.eu)

(4) Euronews, 26 février 2021

(5) Best Universities in Europe - QS World University Rankings 2021

(6) Best Universities in the World - QS World University Rankings 2021

(7) On conseillera volontiers à Pascal Canfin la lecture d’Atlas Shrugged, la fable dystopique et éclairante de Ayn Rand qui met aux prises les Producers qui créent de la valeur et les Looters (« pilleurs ») qui vivent aux dépens des premiers et détruisent de la valeur.

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