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« Une dystopie est un vaccin »

  • Writer: Christian Jacot-Descombes
    Christian Jacot-Descombes
  • 3 hours ago
  • 5 min read

Christian Jacot-Descombes et son fils de 3 ans sur un bateau : la photo publiée par le Journal des arts et métiers
Le livre d'un jeune père septuagénaire qui a un fils de 3 ans. Un jeune père un peu vieux.

Le Journal des arts et métiers me fait l'honneur d'ouvrir sa page Arts de vivre avec un grand entretien consacré à « 2052, Le crépuscule des vieux », mon premier roman, qui paraît en broché le 8 septembre. Merci à François Othenin-Girard pour la précision de ses questions et le plaisir de l'échange, et à la rédaction pour l'autorisation de reproduire cette page ici.


À l'heure où d'autres font des bilans, je n'ai pas résisté au vieux rêve d'écrire un roman. Voici ce que j'ai tenté d'y mettre, en réponse aux questions du JAM.


JAM : Sur quel continent et à quelle occasion précise l'idée de ce livre a-t-elle germée ?

Christian Jacot-Descombes : En Afrique, et singulièrement en Afrique de l'Est, qui se développe à toute allure. Le paradoxe m'a sauté aux yeux : le continent que l'Europe regarde de haut déborde d'énergie et d'appétit d'avenir, pendant que nous administrons notre fatigue et fabriquons industriellement de la régulation.

Il suffisait de prolonger les courbes de vingt-cinq ans pour que le décor de 2052 s'assemble tout seul. L'intrigue, elle, est née en survolant la Méditerranée. Je pensais au flux des réfugiés et j'ai imaginé qu'un jour, peut-être, il en croiserait un autre : celui des vieux Européens partis chercher un avenir meilleur. Oui, un avenir !


Pour nous donner l'eau à la bouche, quel est le propos ?

En 2052, l'Europe est dominée par une coalition de la gauche décroissante et de l'islam politique. On y rationne l'énergie, les soins et les droits civiques. Trop nombreux, les vieux voient le poids de leur bulletin de vote raboté et paient un impôt sur le grand âge. Alors ils votent avec leurs pieds : le flux migratoire s'inverse, et ce sont eux qui prennent la route du Sud, vers une Afrique et un Proche-Orient devenus les nouveaux territoires de la haute technologie.

Sur le pont du paquebot qui les emmène, un ingénieur nucléaire suisse rationaliste et un psychiatre argentin intuitif se lient d'amitié. Mal leur en prend : au fil du voyage, on comprend qu'un consortium discret s'intéresse de très près à leurs cerveaux.


Est-ce le livre d'un jeune vieux à de vieux jeunes ou d'un vieux à d'autres vieux ?

C'est le livre d'un septuagénaire qui a un fils de 3 ans. Un jeune père un peu vieux, donc, qui se demande quel monde il va lui laisser et comment lui transmettre un peu de l'expérience accumulée. Sans tristesse ni fatalisme, au contraire : mes héros ont 75 ans, courent des marathons (ou presque), s'émerveillent encore, tombent amoureux, et ont visiblement plus d'avenir que le continent qui les regarde partir.

Comment vous êtes-vous documenté pour alimenter la partie réaliste de cet ouvrage d'anticipation ?

J'ai trois sources, et je les ai toutes pillées. Ma formation de neuropsychologue d'abord : la technologie de transfert de l'esprit au cœur de l'intrigue est extrapolée de ce que les neurosciences nous permettent d'espérer. Les voyages ensuite, professionnels surtout. Tout ce qui se passe en Israël dans le livre est directement inspiré d'une visite en compagnie de Patrick Aebischer, ancien président de l'EPFL qui nous a ouvert beaucoup de portes. Et les Émirats ou l'Éthiopie d'aujourd'hui qui contiennent déjà des morceaux de 2052 : il suffit d'ouvrir les yeux. L'actualité économique enfin : le roman est truffé de faux documents, unes de presse, notes confidentielles, rapports d'analystes, et le plus inquiétant est que je n'ai pas eu grand-chose à inventer, seulement à exagérer un peu. C'était même assez amusant.


Comment avez-vous choisi votre éditeur ?

Les éditeurs traditionnels vivent dans un univers où le wokisme domine largement. « 2052 », qui préfère la liberté à l'égalité, l'individu au collectif, l'économie à la politique, la raison amorale à la bêtise bien-pensante, n'avait pas beaucoup de chances de ce côté-là.

Pour en avoir le cœur net, j'ai tout de même demandé son avis à un éditeur que je connaissais. Verdict : « ambitieux MAIS très masculin » (rires). Comme j'assume très bien les deux, car comment faire autrement ?, j'ai choisi l'éditeur que j'ai créé moi-même : les Éditions Prométhée sont nées comme ça. Pour un roman qui raconte le prix de l'indépendance face aux systèmes fatigués, le mode de production est cohérent avec le propos.


Dystopie dénoncée serait-elle à moitié évincée ? Ne seriez-vous pas un optimiste invétéré, ce qu'il faudrait mettre au compte de votre formation scientifique ?

Bien vu, et je plaide coupable. J'ai beau savoir que, dans les années 30, les pessimistes ont fini aux États-Unis et les optimistes à Auschwitz, je crois malgré tout en un futur meilleur grâce au génie humain.

Une dystopie est un vaccin : on inocule le pire à petite dose pour que l'organisme apprenne à le refuser. Et mon 2052 n'est sombre qu'au nord de la Méditerranée. Le Sud y déborde de vitalité, façon de dire que le déclin n'est pas une fatalité mais un choix de gestion. Ma formation et mon parcours m'ont pourvu d'une conviction têtue : partout où l'on garde la volonté et la liberté de chercher, d'essayer et de se tromper, les problèmes finissent par céder.


Quel conseil donneriez-vous aux PME suisses et à la classe politique suisse pour éviter d'en arriver là. Très concrètement...

Aux PME : traitez l'expérience comme un actif, pas comme une charge. Un personnage du roman le dit à sa manière : « Dans ce milieu, un cerveau n'est pas une métaphore, c'est un actif. » La démographie va raréfier les compétences, et le seul réservoir qui augmente, ce sont les seniors : les entreprises qui apprennent dès maintenant à les garder et à les embaucher se servent sans concurrence, pendant que les autres se disputeront bientôt à prix d'or des profils devenus rares.

À la classe politique : fais-toi petite ! Le génie helvétique possède une arme plus puissante que toi, la démocratie directe, qui te renvoie à tes chères études quand tu n'es pas à la hauteur de ta mission. Et souviens-toi que la Suisse s'est bâtie en innovant, en ouvrant ses frontières aux talents et aux idées et en faisant des affaires, pas en copiant les réglementations des voisins, en présentant la pénurie comme une vertu ou en votant des lois du travail ! La Suisse de 2052 a une carte à jouer. Dans le roman, elle trouve d'ailleurs une voie qui ne manquera pas de surprendre.



Interview : François Othenin-Girard. Journal des arts et métiers / Schweizerische Gewerbezeitung, septembre 2026. Reproduction de la page avec l'aimable autorisation de la rédaction.


La page 21 du Journal des arts et métiers, septembre 2026 : l'entretien « Anticipation : Le crépuscule des vieux »

« 2052, Le crépuscule des vieux », Éditions Prométhée, roman d'anticipation, 309 pages. Le seul roman d'anticipation dont les héros ont 75 ans et un métier.

Broché 19,90 € (parution le 8 septembre 2026, ISBN 978-2-8399-5239-2) : amazon.fr/dp/2839952394. Ebook 7,99 € : amazon.fr/dp/B0H6KJ9HKF.

Informations et extraits : editions-promethee.com

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Travelmuch - Christian Jacot-Descombes - Voyages et opinions, 2020
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