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  • Christian Jacot-Descombes

Interceptor : même les navets n’échappent pas au "progressisme" cornichon



Le film Interceptor est un gros navet qui ne mériterait pas qu’on s’y intéresse s’il n’était pas révélateur d’un phénomène plus insidieux. En effet, la bien-pensance, dont on pensait que les élites hollywoodiennes se régalaient de manière exclusive comme dans le très drôle Don’t Look Up, s’est désormais transmise aux souches plus basses de l’industrie du divertissement.


Fortement promu par Netflix (excellent dans les séries mais plus à la peine dans le domaine des films) Interceptor est un thriller de série B signé Matthew Reilly, un Australien spécialiste du genre ou, peut-être, devrait-on dire des genres : thriller et navet, tant son palmarès est pauvre. L’intrigue est assez simple. L’armée US dispose de deux bases équipées pour intercepter une attaque de missiles nucléaires russes. Ces bases sont neutralisées par des méchants qui, en même temps, prennent le contrôle des missiles russes. But de l’opération : détruire l’Amérique avec les missiles en désactivant les intercepteurs. Mais, sans rien divulgâcher (comme disent les Québécois), c’est sans compter la vigilance du Capitaine JJ.


Du côté des méchants : un garçon, joli mais blanc, intelligent mais sournois. Sa motivation est l’argent. On le devine parce qu’il lâche maladroitement le nom de sa banque… Zurich Schweiz Bank (sans rire). A ses côtés, son idiot utile : un Red neck (beauf) à l’accent texan, blanc (presque rose), presque vieux et, bien sûr, mucho macho. Lui, c’est plutôt l’idéologie : « je ne suis pas un meurtrier, mais un patriote » lance-t-il avant d’exécuter à froid un brave Indo-américain qu’il avait pourtant prévenu : « je veux détruire cette Amérique qui compte trop de gens comme vous » (il s’adressait également au Capitaine JJ dont le côté latino ne lui avait pas échappé). On nous fait bien comprendre que ce méchant-là est du calibre qui envahit le Capitole de temps à autre et vote Trump à tous les coups.

Le Capitaine JJ (Elsa Pataki) au civil.

Du côté des gentils, l’héroïne bien sûr. Une Latino, donc, qui a eu du mal à grader dans l’armée car elle a dénoncé, façon #MeToo, un général (vieux, blanc, gros et moche), plus intéressé par son arrière-train que son avancement dans la hiérarchie. Le Président des Etats-Unis qui, évidemment, est une Présidente (interprétée par une actrice australienne d’origine grecque) accompagnée de son secrétaire à la défense, un autre général, mais noir et pugnace. Ensemble, ils prennent les bonnes décisions malgré les mauvais conseils d’un consultant mâle et blanc avec même un petit air sémite façon Gainsbourg.


Manuel illustré de wokisme pour les nuls, Interceptor distille son « progressisme cornichon » (selon la jolie expression de Mathieu Bock-Côté, sociologue mais penseur éclairé), en nous montrant, au cas où ça nous aurait échappé, comment il faut impérativement reconnaitre les siens en termes de genre, de race, de couleur, de sentiments (et de goût pour la délation... Heu! Pardon, pour lancer des alertes). C’est si simple qu’on se demande bien pourquoi on n’a pas encore éliminé tous les fauteurs de troubles, si faciles à repérer : les blancs, les mâles, les vieux, les banques, les patriotes (catégories non-exclusives) et, bien sûr par-dessus tout, les capitalistes. Un film qui donne envie de s’acheter un ours en peluche et de lui faire des bisous. Il ne manque à cette fresque de la pensée gnangnan qu’une couleur pour atteindre le climax de l’intersectionnalité, celle de l’écologie. L’entier du film se passe sur une plateforme plantée au milieu du Pacifique qu’on ne peut atteindre– ô horreur – que par hélicoptère ou – encore pire – par sous-marin nucléaire. Pas l’ombre d’un transport public. Encore un peu de boulot avant d’atteindre le politiquement correct parfait.


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