Lorsqu'il est "happy", Pharrell Williams voit la vie en jaune...

Lorsqu'il est "happy", Pharrell Williams voit la vie en jaune...

La synesthésie, cette anomalie cérébrale d'origine génétique, n'est pas vraiment rare. Elle touche 4% de la population générale mais 20% des artistes, ce qui pousse Pharrell Williams à dire qu'il s'agit d'un atout plutôt que d'un déficit médical. En effet, de grands créateurs partagent cette condition, parmi lesquels Liszt, Duke Ellington qui aimait dire que les "sol" de Lester Young étaient "light satin blue" à son oreille, ou encore Van Gogh, Arthur Rimbaud (ses "voyelles" colorées) et Lady Gaga dont les cerveaux créent des associations particulières entre deux sens différents, le plus souvent des sons et de la couleur. 

 

Les chercheurs de la région ont identifiés environ 80 types de synesthésies différentes et pensent qu'il y en a probablement d'autres encore. Leur travaux portent essentiellement sur les causes de cette anomalie. La théorie la plus en vue est celle de l'élagage (pruning). Dans le cerveau du bébé, les neurones se développent peu à peu en croissant d'abord puis en établissant des liens entre eux à l'aide des synapses qui permettent l'échange d'informations. A l'âge de 2 ans, ce phénomène atteint son apogée et le tissu cérébral est extrêmement dense car chaque neurone a établi, aléatoirement, un très grand nombre de liens avec ses pairs. A partir de cet âge, le cerveau opère une sorte d'élagage en supprimant toutes les connections qui ne lui sont pas utiles, une fois ses fonctions principales acquises. 

 

 

 

D'où un tissu moins dense deux ans plus tard dans le cadre d'un développement normal (image ci-dessus). C'est justement là que se situerait l'anomalie qui touche les synesthètes. Sous l'influence d'un gêne, l'élagage ne se réaliserait  pas ou partiellement seulement. Il en résulterait des associations inédites entre nos sens telles que la chromesthésie (musique-couleur) ou les synesthésies graphèmes - couleur (Rimbaud) ou spatio-temporelle (se représenter le temps dans un espace).

 

Cette théorie donne raison à Pharrell Williams. Difficile de ne pas y voir plutôt un atout en matière de créativité qu'un déficit mental. Cela d'autant plus que l'on peut se demander si ces associations "bonus" ne peuvent pas servir à d'autres associations cérébrales (entre concepts, entre fonctions cognitives par exemple) qui pourraient contribuer à développer des capacités extra-ordinaires. 

Les futures études des jeunes, brillants et enthousiastes chercheurs de Harvard et du MIT nous le diront sans doute. 

En attendant, on se contente volontiers de comprendre mieux la résonance fascinante entre  "happy", mélodie jubilatoire, sa vision en jaune par Pharrel Williams ("Believe it or not, "Happy" has always been yellow and red for me") et la couleur des "Minions" de "Despicable Me"

 

 

 

Cette thématique était présentée dans le cadre de "DayCon", une journée de conférences scientifiques  et interactives données par des étudiants scientifiques diplômés du MIT et de Harvard. Plus de 150 personnes de tous horizons ont renoncé à jouir du  temps étincelant de Cambridge ce samedi pour en savoir un peu plus sur ce qui se passe dans le monde omniprésent de la science dans la ville. 

 

 

 

15.06.2019