Comment la 5G développe le pied marin en Corée

Comment la 5G développe le pied marin en Corée

La Corée du Sud a été, dès le printemps dernier, le premier pays à offrir une couverture totale de son territoire en 5G. Dès lors, films, jeux, mangas, n’importe quel contenu internet, quel que soit son poids, est disponible partout instantanément. Par ailleurs, les transports publics, de Séoul notamment, sont extrêmement bien développés et de plus très rapides, les chauffeurs n’ayant aucun scrupule à conduire leur bus comme des voitures de rallye. Ces services, apparemment sans rapport, permettent aux Coréens de développer un nouveau talent en conjuguant deux de leurs principales addictions. En effet, alors qu’il est quasiment impensable de rester debout dans un bus sans se tenir, les Coréens qui ne lâchent leur téléphone que lorsqu’ils dorment (et encore, pas tous…) ont développé un sens de l’équilibre qu’on ne croyait dévolu qu’aux vieux marins car leurs mains sont occupées, l’une à tenir son mug de café dont ils sont très amateurs (il y a plus de Starbucks Reserve* à Séoul que dans l’ensemble des Etats-Unis), l’autre à tenir son téléphone. Le bus ou le métro peut tanguer, rouler, freiner, accélérer, rien ne déboulonne nos néo-marins. Les eGames en mobilisent apparemment le plus grand nombre, suivis par les amateurs de séries et les chatteurs.

AI + VR + IoT (Intelligence artificielle + réalité virtuelle + Internet des objets) est l’équation sur laquelle la Corée construit son futur. La connectivité, donc la 5G, en est la clé de voûte. Séoul qui a l’ambition d’être une smart city dans les proches années à venir sous l’impulsion de son maire Park Won-soon utilise, sans prise de tête, non seulement la 5G mais l’ensemble des moyens technologiques à sa disposition pour améliorer le quotidien de ses citoyens : big data, AI, Blockchain, wifi nouvelle génération, robots, etc.

Invitée par l’ambassade de Suisse, dans le cadre de l’opération « Zurich meets Seoul », fin septembre, Ji Hyun Kim, une directrice du développement urbain (Smart City Division) de Séoul affichait des objectifs ambitieux :

finalisation de l’équipement de l’ensemble des 7’500 véhicules du réseau de bus et de l’ensemble du métro en wifi dès l’an prochain, introduction des bus sans chauffeurs sur des portions de routes intelligentes réservées dans le quartier futuriste de Digital Media City en 2021 (qui doit servir de test pour la mise en place des infrastructures nécessaires aux véhicules autonomes), équipement en wifi des zones défavorisées, monitoring à domicile des personnes âgées (de plus en plus nombreuses au Corée aussi), modélisation virtuelle de la ville afin d’améliorer la cohérence des constructions, etc.

 

 

 Ji Hyun Kim (Smart city Division Seoul Metropolitan Government). Sur un rooftop de Séoul, elle présente sa vision pour l’avenir dans un événement organisé par l'ambassade de Suisse dont la section Science et technologie réalise un intense et fructueux travail de mise en relation des intérêts suisses et coréens

 

 

Il faut ajouter à cela, l’utilisation des données qui est aujourd’hui déjà massive pour gérer le trafic automobile et des transports publics dont la fréquence et la vitesse des services sont gérées en temps réel selon les données récoltées par les nombreuses caméras installées dans la ville. Au résultat, un trafic de transports publics fluide à l’usage de 10 millions de Séoulites.

 

 Heejeong Jeon, la directrice du Seoul Innovation Park

 

 

Toutefois, pour le Maire de Séoul, l’innovation n’est pas que technologique, elle est (ou elle devrait être) sociale aussi. Il a donc créé le Seoul Innovation Park : une vaste superficie (valant une fortune immobilière) au cœur de la ville héritée du déplacement d’un service de l’administration. L’idée est de créer un incubateur/accélérateur de startups œuvrant dans le domaine social et de toute sorte d’associations visant à impliquer les citoyens. La directrice du Parc, Heejeong Jeon, explique que près de 250 startups ou « groupes d’innovation » dans les domaines sociaux, culturels, artistiques ont trouvé refuge chez elle (Séoul compte environ 30’000 startups au total). Les prix de résidence sont volontairement en dessous de ceux du marché, dans le but d’aider les projets qui ne se destinent pas à un développement profitable. Cette initiative, qui date de 2015, n’a pas pour l’instant débouché sur des réussites spectaculaires. Selon Heejeong Jeon, elle semble en revanche avoir trouvé un certain succès auprès des citoyens : ils sont plusieurs milliers à participer aux événements organisés ici.

 

 

 

 

 

Le Maire Park a sans doute encore du pain sur la planche pour faire de sa ville la smart city qui lui permettra d’envisager un futur réjouissant, mais il faut bien admettre que cette mégapole intense et frénétique peut servir d’exemple pour beaucoup de pays. A tel point qu’on a parfois l’impression que les moyens dépassent la fin : il nous est arrivé de nous retrouver dans un bouchon de bus (qui sont dans des voies réservées) alors que le trafic autour était parfaitement fluide…

 

 

 

 

 

 

 

*Version de luxe des estaminets du géant de Seattle

03.10.2019